# TP1 — Diffusion Limitée par Agrégation (DLA) **Module** : Vie Artificielle **Auteur** : Ammour (M1 IWOCS) **Outil** : NetLogo 7.0.4 **Date** : Mai 2026 --- ## 1. Qu'est-ce que la DLA ? La Diffusion Limitée par Agrégation (DLA) est un modèle de croissance introduit par Witten et Sander en 1981. Il décrit le processus par lequel des particules se déplaçant aléatoirement (mouvement brownien) s'agglomèrent progressivement autour d'une structure déjà constituée pour former des agrégats. Ce phénomène est observé dans de nombreux systèmes naturels : - L'**électrodéposition** : dépôt de métal sur une électrode - Les **dépôts minéraux** : formation de cristaux dans la nature - La **rupture diélectrique** : figures de Lichtenberg dues à la foudre - La **croissance des coraux** : développement des récifs - La **galavoplastie** : dépôt de cuivre à partir d'une solution Les agrégats formés sont des **fractales** de dimension environ **1,71** en 2D. Cela signifie que la structure présente une **auto-similarité** à différentes échelles : chaque branche ressemble à la structure globale, et chaque sous-branche ressemble à la branche qui la porte. --- ## 2. Principe de simulation ### Algorithme Le modèle repose sur les règles suivantes : 1. Un **attracteur** est placé dans l'espace (point, ligne, ou ensemble de points) 2. Une particule apparaît à une position aléatoire sur le bord du monde 3. Elle effectue un **mouvement brownien sur grille** : à chaque tick, elle se déplace d'un pas dans une direction aléatoire parmi 4 (haut, bas, gauche, droite) 4. Si elle touche l'attracteur ou la structure existante, elle **s'agrège** : elle devient un patch coloré et disparaît en tant que turtle 5. Une nouvelle particule apparaît et le processus recommence ### Codage des couleurs La couleur représente l'**ordre d'agrégation** (l'âge) des particules : - 🔵 **Bleu** : premières particules agrégées (structure initiale) - 🟢 **Vert** : particules intermédiaires - 🟠 **Orange** : dernières particules agrégées (structure récente) Cela permet de visualiser la **chronologie de croissance** de la structure et d'observer comment elle s'est développée dans le temps. --- ## 3. Les trois variantes implémentées ### Variante 1 — Attracteur central (`dla_centre.nlogox`) **Principe** : Un seul point attracteur placé au centre du monde (patch 0,0). Les particules arrivent des 4 bords du monde. **Résultat visuel** : ![DLA Centre](images/dla_centre.png) **Observations** : - La structure pousse dans **toutes les directions** de façon relativement symétrique depuis le centre - On observe clairement les **branches principales** qui partent du centre, puis les **sous-branches** qui en émergent - La couleur bleue est concentrée au centre (premières agrégations), le vert forme les branches intermédiaires, et l'orange représente les extrémités les plus récentes - La structure ressemble aux images de **galavoplastie** et aux **figures de Lichtenberg** présentées dans le cours --- ### Variante 2 — Attracteur ligne (`dla_ligne.nlogox`) **Principe** : Une ligne horizontale en bas du monde comme attracteur. Les particules arrivent du bord supérieur. **Résultat visuel** : ![DLA Ligne](images/dla_ligne.png) **Observations** : - La structure pousse **verticalement vers le haut** depuis la ligne, formant des colonnes avec des branches latérales - La forme rappelle des **stalagmites**, des **coraux** ou des **arbres** qui poussent vers la lumière - Contrairement à la variante centrale qui est **isotrope** (même croissance dans toutes les directions), la ligne crée une croissance **anisotrope** : la direction de croissance est imposée par la forme de l'attracteur - On observe une **compétition entre les colonnes** : les plus hautes captent plus de particules et "affament" les colonnes voisines plus petites — c'est le phénomène d'écrantage appliqué verticalement --- ### Variante 3 — Attracteurs multiples (`dla_multipoints.nlogox`) **Principe et motivation créative** : J'ai choisi de placer **5 attracteurs simultanément** : un au centre (0,0) et quatre en positions symétriques (±20, ±20). Ce choix est motivé par plusieurs raisons : - **Observer la compétition** entre plusieurs centres de croissance simultanés, phénomène absent des deux premières variantes - **Simuler des dépôts minéraux multiples** : dans la nature, les cristaux et dépôts se forment souvent en plusieurs points en même temps, pas depuis un seul centre - **Étudier l'effet de la symétrie** : la disposition symétrique des attracteurs devrait théoriquement produire des structures symétriques, mais le caractère aléatoire du mouvement brownien introduit des asymétries intéressantes - **Explorer l'écrantage entre structures** : comment des structures voisines interagissent-elles et se gênent-elles mutuellement ? **Résultat visuel** : ![DLA Multipoints](images/dla_MultiPoint.png) **Observations** : - Cinq structures DLA distinctes se développent **simultanément**, chacune présentant les caractéristiques fractales classiques - Les 4 attracteurs périphériques (±20, ±20) se développent plus rapidement que l'attracteur central car ils sont plus proches des bords d'où arrivent les particules - Le **phénomène d'écrantage** (screening effect) est clairement visible : le centre (0,0) reçoit beaucoup moins de particules car les 4 structures périphériques les interceptent avant qu'elles n'atteignent le centre - Malgré la symétrie initiale des attracteurs, les structures résultantes sont **asymétriques** à cause du caractère aléatoire du mouvement brownien — chaque simulation donne un résultat unique --- ## 4. Analyse critique ### 4.1 Ce que le modèle capture bien **La nature fractale des agrégats** est clairement visible dans les trois variantes. Les structures présentent une auto-similarité à différentes échelles, avec des branches qui ressemblent à la structure globale. Cela correspond aux observations réelles où la dimension fractale est ~1,71. **L'influence de la forme de l'attracteur** est bien reproduite : un point donne une structure radiale, une ligne donne une structure directionnelle, plusieurs points donnent des structures concurrentes. Cela démontre que la DLA est un modèle flexible qui peut reproduire une grande variété de structures naturelles selon les conditions initiales. **Le phénomène d'écrantage** est clairement observable dans la variante 3 : les structures les plus grandes captent davantage de particules et ralentissent la croissance des structures voisines. Ce phénomène est bien documenté dans la littérature scientifique sur la DLA. **La chronologie de croissance** est bien visualisée grâce au codage couleur par âge. On voit clairement que la structure se développe depuis le centre vers la périphérie, les branches se ramifiant progressivement. ### 4.2 Limites et simplifications du modèle **Discrétisation sur grille carrée** : le mouvement brownien est simulé sur une grille carrée avec 4 directions possibles. Cela introduit des **artefacts géométriques** : les branches ont tendance à suivre les axes horizontaux et verticaux de la grille, ce qui n'est pas le cas dans la réalité où les particules peuvent se déplacer dans n'importe quelle direction. Ce biais est visible dans nos simulations où les branches sont souvent perpendiculaires entre elles. **Modèle 2D vs 3D** : notre simulation est en 2D alors que les phénomènes réels (électrodéposition, croissance de coraux) se produisent en 3D. La dimension fractale en 3D est ~2,5, différente de 1,71 en 2D. Les structures 3D sont plus complexes et ramifiées. **Une seule particule active à la fois** : pour obtenir le vrai comportement DLA, on simule une particule à la fois. Dans la réalité, des millions de particules diffusent simultanément. Cette simplification affecte la vitesse de simulation mais pas la nature des structures produites. **Taille finie du monde** : la limite du monde crée un biais. Les particules arrivent toujours des bords, ce qui favorise les branches périphériques. Dans un monde infini, la structure serait plus symétrique et les branches intérieures recevraient plus de particules. **Pas d'interactions entre particules mobiles** : les particules en mouvement ne se voient pas et ne s'influencent pas mutuellement. Dans la réalité, les particules en solution interagissent par des forces électrostatiques et hydrodynamiques. **Probabilité d'agrégation fixe à 1** : dans notre modèle, une particule qui touche la structure s'agrège toujours avec une probabilité de 1. Dans la réalité, cette probabilité peut varier selon la nature des particules et les conditions physico-chimiques (température, concentration, pH). Une probabilité d'agrégation inférieure à 1 produirait des structures plus denses et compactes. **Pas de prise en compte de la température** : la température influence la vitesse de diffusion des particules (coefficient de diffusion) et donc la structure des agrégats. Notre modèle ne modélise pas cet aspect. ### 4.3 Liens avec les phénomènes naturels du cours | Phénomène naturel | Variante correspondante | Similarité | |---|---|---| | Galavoplastie (cuivre) | Variante 1 | Même structure radiale en étoile | | Coraux | Variante 2 | Croissance verticale avec branches | | Figures de Lichtenberg | Variante 1 | Branches ramifiées depuis un point | | Dépôts minéraux multiples | Variante 3 | Plusieurs centres de croissance | | Électrodéposition | Variante 1 | Dépôt autour d'une électrode centrale | ### 4.4 Comparaison entre les variantes | Critère | Variante 1 (centre) | Variante 2 (ligne) | Variante 3 (multipoints) | |---|---|---|---| | Direction de croissance | Radiale | Verticale | Multiple | | Symétrie | Quasi-symétrique | Asymétrique | Symétrique brisée | | Écrantage | Faible | Modéré | Fort | | Complexité | Moyenne | Faible | Élevée | | Ressemblance naturelle | Électrodépôt | Coraux | Dépôts minéraux | --- ## 5. Pistes d'amélioration - **Mouvement brownien continu** : remplacer le mouvement sur grille par un mouvement avec angle aléatoire continu pour éviter les artefacts géométriques et obtenir des structures plus naturelles - **Probabilité d'agrégation variable** : ajouter un paramètre p entre 0 et 1 pour la probabilité qu'une particule s'agrège quand elle touche la structure. p < 1 produirait des structures plus denses - **Simulation 3D** : implémenter la DLA en 3D pour une meilleure représentation des phénomènes réels - **Calcul automatique de la dimension fractale** : implémenter la méthode de comptage de boîtes (box-counting) pour calculer automatiquement la dimension fractale de la structure générée et vérifier qu'elle est proche de 1,71 - **Visualisation de la densité** : ajouter un graphique montrant la densité de la structure en fonction de la distance au centre pour confirmer le caractère fractal - **Paramètre de température** : ajouter un paramètre influençant la taille des pas du mouvement brownien pour simuler l'effet de la température --- ## 6. Structure du projet TP1_DLA/ ├── README.md ← Ce fichier (analyse critique) ├── dla_centre.nlogox ← Variante 1 : attracteur central ├── dla_ligne.nlogox ← Variante 2 : attracteur ligne ├── dla_multipoints.nlogox ← Variante 3 : 5 attracteurs └── images/ ├── dla_centre.png ← Capture variante 1 ├── dla_ligne.png ← Capture variante 2 └── dla_multipoints.png ← Capture variante 3